Newwwar. It’s Just a Game?

Newwwar. It’s Just a Game?, Fondation Barthélémy Toguo, Bandjoun Station, Cameroun.
Du 17 novembre 2017 au 30 octobre 2018.

Léa Belooussovitch, Matthieu Boucherit, Thibault Brunet, Nidhal Chamekh, Wanko Cubart, Alexandre d’Huy, Harun Farocki, Omer Fast, Mounir Fatmi, Thierry Fournier, Hortense Gautier, Alain Josseau, Annick Kamgang, Léa le Bricomte, Émeric Lhuisset, Gastineau Massamba, Wilfried Mbida, Alioum Moussa, Massinissa Selmani, Victoire Thierrée, Barthélémy Toguo, Aurélien Vret, Charlotte Yonga.

Avec une performance de Christian Etongo et Gabriella Badjeck.

Le business de la violence est une des branches les plus prospères de l’économie mondiale. Elle assoit la supériorité des pays occidentaux sur le reste du monde comme elle maintient un état de peur et de fantasme, lui permettant d’opérer un contrôle permanent des populations les plus démunies ou d’imposer un état d’urgence sous couvert d’un principe sécuritaire. Newwwar. It’s just a Game ? aborde les nouvelles manières de faire la guerre, une guerre à distance, télécommandée, jouée, fictionnalisée, mise en scène. L’appareillage militaire et médiatique a fait entrer dans les zones de conflits un ensemble de techniques éloignant le corps de l’homme, tels que les drones, les simulateurs, les jeux vidéo, les caméras de surveillance ou le hacking. La ligne de front s’est déplacée, elle se situe désormais à un niveau plus abstrait, parfois spectaculaire, toujours médiatisé. De la guerre dite « asymétrique » à la « guerre psychologique » ou « guerre propre », cette décorporisation présumée ne saurait faire oublier les milliers de corps qui tombent sous des attaques réelles. Les technologies de la vision militaire, soulignait Harun Farocki, produisent moins des représentations que des « images opératoires, des images qui ne représentent pas un objet, mais qui font plutôt partie d’une opération »[1]. C’est cette opération et son détournement qui sont ici sondés. Quand la vision devient une visée, elle ne sert plus à représenter des objets, mais à agir sur eux, à les cibler. La fonction de l’œil devient celle de l’arme[2].
L’exposition prend donc pour point de départ l’appareillage complexe qui soutient la visibilité de la guerre faisant d’elle un dispositif quasi fictionnel, où règne le fantasme occidental du jeu et de la domination. Conçue comme un parcours immersif, échelonné sur plusieurs étages, l’exposition aborde les notions de GAME, de PLAY et de REALFICTION. Ainsi, aux côtés d’œuvres matérielles, réalisées sur place dans le cadre d’un projet de résidence impliquant la communauté locale, est exposé un ensemble de vidéos et d’installations abordant le problème de la déréalisation de la guerre dans un contexte où le conflit est latent. Ce décalage volontaire souhaite mettre en résonance les différentes perceptions de la guerre, ses clivages, ses fantasmes, ses détournements vers des formes poétiques.


[1] Harun Farocki, « Phantom Images », Public, 29, 2004, pp. 12-24, p. 17.
[2] Paul Virilio, Guerre et cinéma. Logistique de la perception, Cahiers du Cinéma, Paris, 1984, p. 26.

Alexandre d’Huy, Situations 3, peinture à l’huile, 57 x 57 cm, 2016. Courtesy de l’artiste.
Emeric Lhuisset, War pictures, photographies d’un combattant afghan armé d’une Kalachnikov en jouet recouverte de broderies ornementales kandahari (miroir et fil d’argent), série 10 photographies de formats variables, Afghanistan, 2010. Courtesy de l’artiste.
Thierry Fournier, Non-Lieu, série de 3 impressions numériques, papier fine art contrecollé sur dibond, 75 x 50 cm, 2016. Courtesy de l’artiste
Alain Josseau, Les 6 terrains de l’art de la guerre, terrain N°5 : accidenté, carton, peinture acrylique, impression, 16 x 33 x 39 cm, 2011. Courtesy Galerie Claire Gastaud et l’artiste Alain Josseau. Crédit photographique : Alain Josseau.
Massinissa Selmani, Teyara (série des Altérables), tirage numérique sur papier, 68 X 60 cm, 2010. Courtesy de l’artiste. Copyright : Massinissa Selmani, ADAGP Paris.
Charlotte Yonga, Série Stupid Tourism, dimensions variables, 2017. Courtesy de l’artiste.

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