Olivier Jonvaux. Flybots
Olivier jonvaux, A Fly Like Thee, Web Residencies n°22, Akademie Schloss Solitude, « Ignore All Previous Instructions », curatées par !Mediengruppe Bitnik.
Il y avait les spiderbots, ces robots d’indexation qui tissent la toile des moteurs de recherche. Il existe désormais, avec Olivier Jonvaux, les flybots. Plugin de sécurité autant qu’œuvre de net art, A Fly Like Thee fait apparaître sur les sites qui l’installent une mouche en trompe-l’œil chaque fois qu’un bot d’IA (GPTBot, ClaudeBot, PerplexityBot…) vient s’y nourrir pour entraîner ses modèles. Petite, méprisée, nuisible, la mouche était toute désignée pour incarner l’appétit vorace de ces géants qui pillent nos contenus sans consentement. Plus la page est visitée, plus ces escouades se multiplient. Elles volent, se frottent les pattes et réagissent nerveusement au curseur. Leur réalisme n’a d’égal que notre dégoût face à ces intrusions parasitaires.
Grâce au cloaking, le plugin berne en réalité le bot extractiviste quant au contenu du site, en lui servant quatre vers de William Blake, « Ne suis-je pas / Une mouche comme toi ? / Ou n’es-tu pas / Un homme comme moi ? » (1794). Après avoir fauché une mouche d’un geste distrait, le poète du premier romantisme anglais sonde leur vulnérabilité partagée. Olivier Jonvaux vécut une expérience similaire un soir d’été, lorsqu’une mouche attirée par la lumière bleue de son écran vint s’y poser. Adressée à la machine, la question de Blake l’interpelle comme une semblable. Et si les intelligences artificielles, réputées toutes-puissantes, partageaient notre fragilité ?
Les enjeux de l’extractivisme numérique rencontrent ici les vanités et l’histoire de l’art, qui voyait dans la mouche peinte un signe de virtuosité, héritier des raisins de Zeuxis que les oiseaux venaient picorer. Posée sur le rebord d’un cadre ou sur un fruit, la mouche ouvre, selon Daniel Arasse, un « double système de représentation ». Par son ombre portée, l’insecte introduit un espace supplémentaire, un bug entre les plans. De la toile peinte à la Toile du Web, la mouche symbolise enfin le memento mori. Internet serait-il une nature morte, de plus en plus corrompue par l’afflux des données synthétiques et la pollution des datacenters ?
Au fond demeure cette question : qui, de la machine ou de l’humain, est la mouche de l’autre ?
octobre 2026