NO FACES NOW, JUST PORTRAITS

FACES NOW. Portraits photographiques européens depuis 1990 / Bozar, Palais des Beaux-Arts de Bruxelles.

Rien moins qu’une trentaine de photographes parmi lesquels les anciens de l’école de Düsseldorf, les bien connus Thomas : Ruff et Struth, la délicate Rineke Dijkstra, l’éternel voyou Alberto García-Alix, l’artiste caméléon Dita Pepe, ou encore Luc Delahaye, Anders Petersen, Beat Streuli pour ne citer qu’eux, sont réunis afin de répondre à l’invitation du commissaire Frits Gierstberg, autour des enjeux du visage depuis les années 90.

Présentée à Bozar, le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, Faces Now fait le pendant de l’exposition Faces Then – Portraits de la Renaissance aux Pays-Bas. De manière programmatique, elle entend prendre acte des déplacements opérés par l’introduction de la photographie quant à la construction de l’identité et la place de l’individu dans notre « monde numérique et globalisé ». Si l’invention de la photographie au milieu du XIXe siècle a démocratisé le genre, en offrant à tout un chacun la possibilité de se faire tirer le portrait, elle a aussi installé le visage au centre de configurations techniques, politiques, économiques et sociales, dont les bouleversements restent bien souvent incompris de nos jours.

Mais au lieu d’y découvrir une lecture contemporaine du visage, renouvelée par le contexte géopolitique depuis la chute du Mur de Berlin et transformée par les dispositifs techniques de la photographie numérique puis des réseaux sociaux, l’exposition ressasse les lieux communs du genre et perd la portée critique d’une telle exposition.

Organisée en sept salles et autant de thématiques, Faces Now retrace l’itinéraire d’un genre qui n’en est plus un. Salle 1 ouvre sur le sempiternel binarisme « Privé et public », salle 2 se replie dans les affectations du « regard de l’être humain », salle 3 tente une lecture écologique entre « Lieu et culture », et ainsi de suite. Les œuvres sont fortes, comme celle de Boris Mikhailov qui fait des portraits d’Ukrainiens les héros de la période postcommuniste, mais les dialectiques dans lesquelles elles s’inscrivent sont éculées, faciles, scolaires, et ne font en rien bouger les lignes. En prenant par exemple, salle 4, « Le visage pour masque », le geste curatorial réduit l’histoire de la mascarade et ses détournements identitaires – tels qu’a pu le faire Cindy Sherman –, à un simple jeu de rôles en société. Or le masque, comme la photographie, est bien davantage un prolongement du visage qui révèle plutôt qui ne cache, et fonctionne comme une technique de médiation dans la construction et la déconstruction des identités. Ici, le portrait reste cantonné à sa version traditionnelle, il reflète le statut ou la personnalité d’un individu, et ne s’extirpe que timidement de sa fonction pour interroger le médium, à l’instar de la série Porträts de Thomas Ruff. Élaborée sur le modèle judiciaire de la photo d’identité, la série propose une réflexion autant sur la perte de singularité que sur le monumentalisme de la photographie contemporaine héritière de la Nouvelle Objectivité des époux Becher. Le visage fait image, le protocole devient la finalité photographique, et le sujet devient objet.

Au fond, malgré la très grande qualité des œuvres, Faces Now est lisse et ennuyeuse. Elle se visite comme un catalogue dont on tourne les jolies pages et n’apporte aucune réflexion à la spécificité introduite par le médium. Quid de la question du Selfie, celle de la reconnaissance faciale, des diverses postures du monstrueux introduites par le numérique dès les années 90, des tensions entre anonymat et excès de visibilités, de l’éclatement des identités au profit de processus d’identifications multiples, etc. Autant d’enjeux redéfinissant, en 2015, aussi bien la singularité que le collectif, le moi et l’autre, l’intime et l’extime, le sujet que l’objet photographique. Car aujourd’hui le portrait a cédé sa place aux visages, les portraitistes d’antan aux amateurs de selfies, le cadre de la photo à la circulation tous azimuts, le statut de l’individu à la fabrique d’identifications.

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