Métavilla. Du lieu au lien.

« Métavilla. Du lieu au lien. Une éthique du devenir-monde », texte de présentation de l’œuvre collective et connectée de Caroline Corbal, featuring Mounir Fatmi, dans le cadre des Saisons Afriques Contemporaines du FRAC, novembre 2015.
Republié dans Branded en janvier 2016.

 

METAVILLA est une œuvre-lieu, un espace « glocal », pris dans un jeu d’interrelations entre divers emplacements, différentes temporalités et niveaux de réalités. Ancrée dans un territoire local – une artère de la ville de Bordeaux, en France –, la vitrine, qui fait aussi office d’écran de projection, est connectée à une géographie globale. L’installation prend la forme d’une mise en abyme, rendant d’autant plus complexes les articulations inhérentes au système-ville. Le micro et le macro, l’individuel et le collectif, mais également la mémoire et l’histoire d’un territoire entrent en résonnance avec des flux de tout ordre : de données, d’images, d’affects, de marchandises, etc. véhiculés sur les réseaux. Comprise comme un espace relationnel, acentré et horizontal, METAVILLA compacte le couple local/global sous une exigence de « glocalité ». Le lieu devient un lien, et le local un espace « méta », autant mondialisé que virtualisé. L’installation crée ainsi de nouvelles formes de représentations, d’échanges, d’organisations, mais aussi de veille. Là, où l’espace urbain contemporain, appareillé d’une multitude d’écrans, de capteurs et de signaux s’érige, lui, en dispositif de surveillance, de régulation ou d’optimisation des flux, contrôlant du même coup, ce qui se pense ou se crée au sein de ces espaces intermédiaires.

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Le dispositif déploie donc des rapports d’interactions et d’immersion avec l’environnement et le public à une échelle « meta », dont il faut rappeler que le préfixe désigne à la fois la « réflexion, le changement, le fait d’aller au-delà, à côté de, entre ou avec ». Il se fait l’écho d’un « devenir-monde », qui confère à l’œil une fonction haptique, celle de toucher par le regard, de caresser des yeux, de faire corps avec lui, dans un esprit de coparticipation et de co-création. Quand METAVILLA évoque également un subtil jeu de mots : « mets ta vie là », où comment le « là » de l’ici et du maintenant, renvoie tout aussi bien au nulle part et à l’ailleurs, à l’avant et à l’après, au réel et à la fiction.

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C’est pourquoi, en plus de représenter un cas particulièrement complexe de mise en abyme, invitant vers des potentialités quasi infinies de connexions, l’œuvre multimédia de Caroline Corbal a besoin d’être activée, afin de créer une « synergie de réflexion complémentaire ». En invitant l’artiste Mounir Fatmi à filmer sa vidéo History is not mine, lors de la 10e Édition des Rencontres de photographies à Bamako, ce sont les aspects tant esthétiques, politiques qu’éthiques des deux œuvres qui, se rencontrant, se soutiennent et dialoguent mutuellement.

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Vidéo de vidéo, elle-même remise en abyme dans l’espace METAVILLA de Caroline, l’œuvre de Mounir met en scène ses propres conditions de représentation, révèle sa structure comme le contexte qui le supporte. Car il ne s’agit pas seulement de retransmettre, répéter ou métaphoriser à la puissance n, un abyme, ni d’expérimenter la boucle jusqu’à sa déchirure. History is not mine est une réponse à un acte de censure, celui dont a été victime l’artiste lors de l’exposition L’Histoire est a moi, au Printemps de Septembre de Toulouse. Aujourd’hui re-présentée dans le cadre de la Biennale au Mali, l’œuvre rend compte des difficultés pour l’art et les artistes de s’approprier un territoire, à partir duquel se tissera un ensemble de micro-évènements constituant la mémoire et l’imaginaire des individus. Si la guerre du Mali avait conduit les autorités a annulé la précédente édition, elle affiche aujourd’hui, sous le thème Telling time (Temps conté), le désir de reconquérir les interstices du Temps. Par l’image, fixe ou animée, se reconstruisent des petites histoires anecdotiques, fragmentées, singulières ou récursives, seules à-même de réécrire la grande Histoire, celle des vainqueurs ou de la marche à la globalisation économique.

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En « hébergeant » l’œuvre de Mounir, METAVILLA quitte la pure logique du réseau et s’engage dans un processus d’accompagnement et de reterritorialisation. Elle réinjecte du local dans le global, tout comme elle réintroduit du global dans le local. Elle glocalise et singularise, articule nos relations avec les autres et les interactions avec le monde. C’est en ce sens qu’elle habite le monde, devient-monde, coordonne des aspects locaux pour impacter la globalité, et inversement.

Courtesy des artistes.

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