Homo Larva, ce que les larves disent de nous

    Conférence, « Homo Larva, ce que les larves disent de nous », la Cuisine, le 22 février 2020.


    Le programme « Les semences » proposé par Stéphanie Sagot, artiste associée à La cuisine, porte un regard sur les germes de la vie, aujourd’hui en grande partie contrôlés par les entreprises de biotechnologies et les politiques agricoles.

    Dans ce cadre et à l’occasion du finissage de son exposition, « Supermâle et autres tératologies marines », elle propose de nous pencher sur les enjeux de l’état larvaire. Lorsque ce terme apparait en zoologie à l’orée de la modernité c’est pour définir l’indéfini, pour ouvrir à une possible tératologie de l’informe comme état d’ébauche de la vie.

    L’huître Supermâle est conçue par l’IFREMER (Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer) comme géniteur hors-pair d’une fabrique d’organismes « super-stériles » qui ne le sont pourtant pas tout à fait. En ce sens, une descendance larvée semble bien s’ourdir dans le silence océanique, proposant un autre paradigme que celui des terres infertiles de l’agrobusiness. Afin d’explorer ce potentiel de germination sous-terrain, elle invite la théoricienne, critique d’art et commissaire d’exposition Marion Zilio à nous parler de son sujet de recherche actuel portant sur les larves.


    À ce stade, nous ne mesurons pas, ou peu, le tribut que nous devons aux larves. Elles sont les figures d’une altérité radicale, le point le plus abject et le plus éloigné de l’humain. Pourtant, c’est par elles que nous avons pris visage. Les larves représentent un stade pré-individuel, celui d’une vie « masquée sous sa première forme » qui inspirent la léthargie et hantent les vivants. Elles nous dévorent et nous ramènent à la terre, à l’humus. Elles font de l’humain une matière qui circule dans d’autres êtres et révèlent l’évidence d’une porosité des mondes humains, animaux, végétaux, microbiens et abiotique. Elles instaurent le règne des transitions et des co-évolutions plutôt que des totalités closes et achevées. Les larves comme les parasites sont les petits, les méprisés, les invisibles, la masse des travailleurs de l’ombre ; les croquemorts qui accélèrent la course à l’armement entre les espèces et donnent à l’évolution une intersubjectivité insoupçonnée. Elles sont une contre-valeur vitale, morale et spirituelle qui nous fait accepter que le monde n’est pas d’abord ce qui est compris par l’humain mais ce qui le comprend, lui.
    Cette communication déploiera l’imaginaire et les représentations scientifiques et artistiques de la larve, des premières sépultures aux discours du chthulucène.