Paul Heintz

    Paul Heintz, texte de présentation du catalogue du prix Révélations Emerige 2019, commissariat Gaël Charbau, assisté de Aurélie Faure.

    Paul Heintz met en scène les industries du simulacre et les engrenages des infrastructures qui feuillètent les régimes de nos fictions. Qu’il s’agisse de suivre le quotidien d’un peintre à Dafen en Chine, spécialisé dans l’imitation de tableaux, ou celui de chômeurs simulant un emploi factice pour une vraie entreprise virtuelle, de partir d’un fait divers opposant des sosies de stars ou de récolter la parole d’anonymes partageant le patronyme d’un personnage de fiction, ses œuvres posent le cadre d’une fable sociale, où Warhol rencontre les arrières-mondes platoniciens, ces artisans de l’illusion que le philosophe voulait exclure de la cité. De cette ronde fantasmatique se déploie une allégorie ancrée dans une réalité jugulée par le monde du travail, les jeux de rôle et les conventions. Paul Heintz vise la déconstruction méthodique des dispositifs de la fiction qu’il a lentement échafaudée, qu’elle soit d’ordre politique, sociologique ou cinématographique. Il n’hésitera pas pour cela à brûler les décors de son film Foyers, dont la voix off du pyromane narre son désir de « réchauffer un monde qu’il estime un peu froid ». Ainsi récolte-t-il des histoires, des témoignages et plus généralement la parole des marges, que les confidences ou les correspondances détournent des canaux classiques des médias, des tribunaux, des prisons ou des hôpitaux. De ces petits récits, il élabore des documentaires dont la fiction semble préexister au réel, à l’image de la ville de Shenzhen redoublée par ses multiples caméras de surveillance, avec son faux arc de triomphe, sa fausse tour Eiffel et son tourisme de contrefaçons. Shānzhài Screensboucle une intrigue qui n’est pas sans rappeler la Factoryde Warhol, un royaume de production, du double et de la copie, où l’on peint à la chaîne des tournesols de Van Gogh comme on assemble différents composants d’un objet industriel. Ses œuvres rejouent une vie qui se déroule devant et derrière l’écran, dans un va-et-vient permanent entre des contenus moralisés ou censurés et le caractère ostensible des pulsions et des rêves avortés.